La géothermie est une des énergies renouvelables à l’échelle humaine. Elle consiste, quand elle est dite « profonde », à pomper de l’eau naturellement chaude à grande profondeur. Cette eau salée et corrosive sert, grâce à des échangeurs de chaleur, à réchauffer de l’eau douce envoyée ensuite vers des habitations par un réseau de canalisations. Par ailleurs, toute implantation géothermique est couplée avec une usine fonctionnant au gaz pour d’une part réchauffer une eau insuffisamment chaude et aussi pallier un dysfonctionnement éventuel du pompage géothermique.
Il ne s’agit donc pas de s’opposer à un projet bénéfique pour la planète mais plutôt d’engager une réflexion sur ses impacts écologiques, sociaux et financiers afin d’en examiner la pertinence.
Quel est l’impact écologique du projet?
Cette technologie est généralement implantée proche de grands immeubles de zones urbaines denses afin de réduire la longueur des canalisations limitant ainsi la déperdition de chaleur et donc le recours au gaz. Dans le cas présent, le réseau s’étend jusqu’aux communes de Sceaux pour 38%, Bourg-la-Reine pour 6% et Fontenay-aux-Roses pour 56% (source Sipperec). Le bilan carbone d’un tel projet, même si il est incontestablement favorable à très long terme, dépend à court et moyen terme de nombreux facteurs notamment de la température de l’eau pompée ainsi que de la longueur de la tuyauterie et donc du recours au gaz.
D’autres facteurs, dont on ne parle pas, interviennent pour établir ce bilan écologique en particulier les travaux de forage, le béton utilisé, la tuyauterie, la maintenance, l’électricité utilisée pour le pompage etc….. . Il serait intéressant d’avoir des précisions sur le sujet sachant que l’eau pompée sur ce site n’est pas très chaude (63°C) et que la ville de Clamart n’est pas mentionnée alors qu’elle est bien plus proche que Bourg-la-Reine.
Notons aussi que l’implantation de la centrale va empiéter sur la promenade du Panorama jouxtant le talus du même nom qui abrite une biodiversité à préserver et qui sera au minimum perturbée lors des travaux.
Quel est l’impact social du projet?
En premier lieu, la construction sur le stade du Panorama condamne de fait l’ASF football de la ville et privera de nombreux enfants, jeunes et adultes de cette pratique sportive source de cohésion sociale. Ensuite, les copropriétés éligibles au raccordement doivent s’y engager pour un temps relativement long alors même que GeoSud92 n’est pas encore en mesure de donner une grille tarifaire et que les coûts induits pour ce raccordement (chaudières, tuyaux …) peuvent être conséquents. Le feront-elles? Enfin, pensons aux riverains du projet habitant des petits immeubles et pavillons qui ne sont pas éligibles au raccordement mais qui en subiront les nuisances.
Quel est l’impact économique du projet?
On notera que le coût de l’opération est déjà revu à la hausse passant de 63 M€ à 70 M€ avant même le premier coup de pioche. Le commissaire chargé de l’enquête publique souligne que : « la suspicion demeure en ce qui concerne la rentabilité de ce type de projet » et le maire , après avoir affirmé que la géothermie permettra de baisser les charges de 30%, évoque maintenant des économies non quantifiées. Effectivement la rentabilité précise du projet nécessiterait de connaître le nombre de copropriétés signataires ignoré de tous à ce jour.
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Afin de préserver l’intérêt général, nous demandons un moratoire, non pas pour ralentir la transition écologique, mais pour obtenir des données techniques fiables, mesurer précisément l’impact écologique, garantir la transparence financière, protéger le cadre de vie et associer pleinement les habitants à un choix structurant pour plusieurs décennies.
Une géothermie vertueuse, oui. Une géothermie précipitée, non.
Gilles Mergy et les membres du groupe de travail de « l’élan citoyen pour Fontenay ! » : Jean-Jacques Fredouille, Michel Giraud, Alain Lhémery et Ahmed Mouldaia